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Retour sur une saison pas banale et… très arrageoise !

Comme vous le savez sûrement, depuis plusieurs années maintenant, nous travaillons un peu en francs-tireurs en prenant des chemins de traverse. Cette posture est en partie liée à des réductions de subventions, mais elle est aussi le fruit d’une réflexion sur le rapport, à questionner sans cesse, entre théâtre et société. Pour parler simple et pour écarter toute prétention mal placée : qu’est-ce qu’une petite compagnie comme la nôtre peut partager avec les publics pour "penser le monde d’aujourd’hui" ? Autre question importante : quels publics toucher ? 

Notre travail sur La Boétie était déjà, inconsciemment, le fruit de ces questionnements. Philosophes à l’encan va dans le même sens (avec, comme acteurs et publics, principalement des collégiens). Quant aux lectures anti-bonapartistes, elles ont été conçues pour pouvoir être proférées dans tous types de lieux et… via les ondes ! Continuer à imaginer des formes singulières, aller à la rencontre de nouveaux publics, c’est un peu notre credo militant. 

Autre point important : notre implantation arrageoise, très marquée cette saison ! Sur une quinzaine de rendez-vous avec le public, 12 eurent lieu à Arras, touchant plus de 1 000 spectateurs (8 restitutions, 3 lectures, 1 impromptu). 

Bien sûr cette saison nous avons joué (trop peu !) : Feydeau n’aime pas les monologues et le Discours de la Servitude Volontaire, mais l’essentiel de notre activité s’est porté sur 2 projets qui se sont donc déployés principalement à Arras : 


Philosophes à l’encan

C’est avec un énorme plaisir que nous avons travaillé d’octobre à avril, avec 4 collèges d’Arras (Péguy, Jehan Bodel, Mitterrand et Curie), avec des équipes pédagogiques formidables et avec près de… 100 élèves. Philosophes à l’encan est un spectacle de 55 minutes qui est une vente aux enchères de philosophes présocratiques (Pythagore, un sophiste, un sceptique, Héraclite, Démocrite, un épicurien et un cynique). Un comédien professionnel (Franckie Defonte, qui joue tous les philosophes) est entouré d’un groupe d’élèves venant débattre avec lui. Plaisir du jeu théâtral bien sûr mais aussi découverte de la philosophie (et quelle philosophie ! Chacun vaut chacun… Le destin des hommes est entre les mains des hommes… L’argent, citadelle de tous les maux… Si on soigne l’âme, on soigne aussi le corps… Il faut tourner le dos aux croyances… Rien n’est permanent sauf le changement… Il vaut mieux attaquer tous les coquins du monde avec une poignée de braves gens qu’attaquer une poignée de braves gens avec une assemblée de coquins… Pas mal, non ?). Cette magnifique aventure artistico-pédagogique n’aurait pas été possible sans l’engagement et le soutien des chefs d’établissement, des équipes d’enseignants mais aussi sans l’aide du Conseil Départemental du Pas-de-Calais (un énorme merci tout particulier à Madame Viviane Delvincourt, chargée de mission éducation sur le territoire de l’arrageois). 

Nous tenions beaucoup à ce que les restitutions publiques de Philosophes à l’encan (8 au total) puissent se faire dans des lieux dédiés au spectacle vivant pour valoriser le travail des élèves. Et nous avons eu la chance de pouvoir disposer du Pharos, du Théâtre d’Arras et de la Ruche. Un grand merci à la Ville d’Arras, au Tandem et au Service Vie Culturelle de l’Université d’Artois pour nous avoir accueillis. Cerise sur le gâteau : notre travail a été magnifiquement salué par un article très détaillé, très fin et très bien écrit dans L’Echo du Pas-de-Calais du mois de juin. Cet article explique de façon parfaitement juste tout le processus de travail et parle admirablement du spectacle et de sa… philosophie. Un grand merci donc à Madame Marie-Pierre Griffon ! 

Napoléon, légende et vérité

Napoléon, images de la légende est un excellent titre pour l’exposition en cours au Musée des Beaux Arts d’Arras (en collaboration avec le château de Versailles). Il s’agit bien en effet d’images (dans le sens le plus "communicationnel" du terme) et il s’agit bien d’une légende ("représentation déformée ou amplifiée" nous dit le Larousse). Les pièces constituant cette exposition venant du château de Versailles, elles sont donc issues de la volonté louis-philipparde de redorer l’image (encore !) de l’empereur. Nous sommes donc dans l’hagiographie pure et simple. Les organisateurs de l’exposition et le Conseil Régional des Hauts-de-France avaient lancé un appel à projets (Résonance) pour des actions artistiques en marge de la grande célébration napoléonienne. Nous avions répondu à cet appel à projets en proposant des lectures de Napoléon, légende et vérité, pamphlet anti-bonapartiste de l’historien Henri Guillemin (1903 – 1992). Notre projet a été retenu par les décideurs, même si nous n’avons pas obtenu la totalité de la subvention demandée. Stéphane Verrue s’est attelé à l’adaptation du texte et c’est lui-même qui en assure les lectures. Depuis octobre et jusqu’en novembre, RADIOPFM, partenaire de l’opération, diffuse chaque semaine un épisode de 5 minutes (avec rediffusions et mise en ligne sur le site de la station). Au total : plus de… 50 épisodes ! A écouter sans modération pour celles et ceux qui souhaiteraient mieux comprendre le bonapartisme de notre actuel Président de la République… Par ailleurs, 3 lectures d’une heure (De l’enfance au coup d’Etat, Du coup d’Etat au trône impérial, L’épopée tourne mal) furent organisées dans 3 lieux différents d’Arras (Le Rat Perché, la Médiathèque, l’Hospice Saint Eloi) et une "intégrale" eut lieu fin mai au Centre Culturel de l’Entente Cordiale /Château d’Hardelot à Condette

Des ateliers, bien sûr ! 

 

Parallèlement à ces actions artistiques, la Cie continue ses partenariats avec l’Education nationale (Collège Péguy et Lycée Guy Mollet d’Arras, OCCE). Quant à notre atelier adultes hebdomadaire (hébergé par le Théâtre d’Arras), il continue, lui aussi, affichant complet, avec des participantEs de plus en plus enthousiastes ! 



PROJECTION 18/19

Création : Bande de Belges !

Stéphane Verrue envisageait de mettre en scène On ne paie pas ! On ne paie pas ! de Dario Fo et Franca Rame. Cette comédie politique, ode à la désobéissance civile, est un peu une "mise en pratique" du Discours de la Boétie et Stéphane avait envie de revenir à la farce. Nous avions certes trouvé quelques partenaires, mais trop peu, et nous nous sommes retrouvés face à un calendrier complètement débile. 

De plus, nous avons beaucoup de mal à échanger avec les structures arrageoises (autant avec le Pharos qu’avec le Tandem). Stéphane a décidé sagement de renoncer. Cette comédie nécessite un temps de répétitions conséquent et ne supporterait pas une exploitation sporadique et squelettique (entre 4 et 10 représentations en… 8 mois !). 

Créer pour créer, nous ne le voulons pas. Mais, il faut créer ! Cahier des charges oblige. Après un long temps de réflexions, Stéphane a décidé de relancer un projet qui lui tient à cœur : un bric-à-brac à partir de textes, de dessins et d’objets des poètes surréalistes belges, amis de Magritte (Nougé, Scutenaire, Mariën, Chavée,…). Ce projet avait failli se concrétiser il y a quelques années mais, comme pour Dario Fo, la production était trop fragile (beaucoup de compagnies connaissent ce genre de problème !). C’était aussi à l’époque où le Ministère de la Culture via la DRAC avait décidé de… ne plus nous aider, purement et simplement. 

Nous relançons donc ce projet. Voilure un peu réduite mais envie très forte de faire entendre (et voir) ces magnifiques artistes bien trop méconnus en France ! Au plateau : Louise Wailly, Roland De Pauw et Stéphane Verrue lui-même. Fin septembre/début octobre : 15 jours de recherche, de laboratoire, de chantier. Janvier 2019 : 15 jours d’élaboration. Puis création au printemps ! Les grandes structures arrageoises restant sourdes, nous espérons jouer dans la petite salle Marcel Roger (Hospice Saintt Eloi, Arras), petite mais fort chaleureuse ! Et parfaite pour ce que nous voulons faire : un cabaret foutraque ! Dans cette aventure, nous serons suivis et aidés par Carvin Culture et nous espérons bien convaincre beaucoup d’autres partenaires curieux et amoureux des chemins de traverse, de la belgitude et de l’impertinence ! Calendrier plus précis à suivre… à la rentrée ! 

Discours de la Servitude Volontaire

Nous espérions retourner à Avignon cet été avec notre cher La Boétie. Des problèmes d’ordre financier (décidément la Région boude cette proposition) et stratégique (très bon lieu mais mauvais horaire pour les publics que nous voulons toucher) nous ont conduits à renoncer. Dommage car ce grand discours fait bigrement écho dans le contexte politique dans lequel nous vivons depuis l’élection de Jupiter Méprisant Suprême. 

Partie remise ? Cela dit, nous sommes ravis que François Clavier puisse aller faire entendre ce Discours de la Servitude Volontaire à l’automne prochain au Théâtre Jean Vilar de Suresnes, là-même où Stéphane avait créé son Roméo et Juliette, il y a 25 ans… 150 représentations à ce jour : à coup sûr un des plus beaux succès de la Compagnie ! 

 

Des ateliers toujours…

Outre les partenariats cités plus haut, en 18/19, la Cie interviendra au Collège Mitterrand et au Lycée Jacques Le Caron. Quant à l’atelier adultes hebdomadaire, il continuera à être hébergé au Théâtre.

 

Avant la retraite (clin d’œil sans conséquence à Thomas Bernhardt)

Bande de Belges… et après ? Stéphane va avoir bientôt 64 ans… Comment les subventions vont-elles évoluer en 2019 ?... Comment faire en sorte que tout le travail réalisé, à Arras notamment, puisse trouver un prolongement ? 

De plus, le mot "retraite" sonne bizarrement dans l’oreille d’un comédien ou d’un metteur en scène… Nous en sommes fin juin 1018 et Bande de Belges verra le jour dans… 9 mois ! D’ici-là, nous continuerons à réfléchir sur ces questions et… si vous avez des idées, elles sont les bienvenues ! 

 

En attendant, bel été à toutes et à tous et… bonnes luttes légitimes ! 

 Juin 2018


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